mercredi 22 janvier 2020

Mon Prince, un jour viendra...

Et vous, vous logez à quelle enseigne par rapport à la crise « sismique » qui secoue la maison de Windsor? 1-Vous vous en foutez complètement (vous détestez la monarchie). 2- Vous applaudissez la ligne dure vis-à-vis de Harry et Meghan (vous appréciez la persévérance de la Couronne et sa façon de resserrer les rangs). 3- Vous n’avez aucun sentiment particulier envers la royauté, mais vous en avez beaucoup face à ce qu’a pu endurer la pauvre Meghan — et par extension, son prince, Harry. (Vous êtes féministe sur les bords).
Pour ma part, je n’ai aucun atome crochu avec la royauté. La monarchie constitutionnelle qui régit le système parlementaire canadien est à mes yeux absurde, pour une ancienne colonie comme le Canada notamment. Mais je comprends le roc constitutionnel que représente la royauté dans l’histoire de la Grande-Bretagne et aussi le fabuleux spectacle qu’elle offre à ses sujets. J’ai même de l’admiration (merci à la série The Crown) pour la reine Élisabeth II, une femme qui a beaucoup plus de jugement et de coeur que les caricatures d’usage laissent entendre, tout en demeurant, on devine, une conformiste dans l’âme.
Comme le dit l’ex-rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, il est difficile d’avoir l’heure juste en ce qui concerne la famille royale. Non seulement parce que tout ce qu’on sait sur elle nous vient directement de correspondants « royaux », un type de journalisme qui procède par ouï-dire, sans jamais nommer ses sources, mais aussi parce la presse sensationnaliste de droite (Daily Mail et The Sun) cannibalise les agissements de la royauté à qui mieux mieux.
L’exil de Harry et Meghan dans les colonies (si on peut dire), la mise au rancart des deux seuls membres cool de la famille royale, les seuls capables de susciter l’adhésion parmi les plus jeunes, n’aurait pas eu lieu sans la campagne de salissage médiatique sans précédent qu’a vécue l’actrice américaine, Meghan Markle, dès son arrivée au sein de la « Maison ».
« Un jour, on la réprimandait à cause de sa relation avec son père », écrit Catherine Bennett dans The Guardian, « le lendemain, on s’en prenait à ses collants, ses amis, son ventre de femme enceinte, son extravagance, ses employés malmenés, ses photos de baptême, sa méchanceté envers Kate (épouse du prince William). Sans oublier son apparition dans Vogue magazine, son désintérêt pour la reine et l’église le dimanche, ses réceptions cadeaux pour bébé et son contrôle de Harry. Devant un tel barrage, le harcèlement médiatique qu’a connu [la princesse] Diana transpire le respect mutuel ».
La duchesse de Sussex était vue comme une usurpatrice de premier ordre. Une Américaine divorcée, racisée, people, « sans la moindre goutte de sang aristocratique » qui osa importer ses valeurs progressistes au sein de la plus conservatrice des institutions britanniques. « Pire, elle entraîna un des pivots de la monarchie dans son giron. Les jours du prince Harry en uniforme nazi étaient désormais bien derrière lui, écrit Owen Jones du Guardian ».
En fait, au moment même où on découvrait les liens qu’entretenait un autre membre important de la famille royale, le prince Andrew, avec l’homme d’affaires Jeffrey Epstein, condamné pour pédophilie et mort par suicide en prison, la presse britannique en avait plus à dire sur le « vernis à ongles de Meghan » que sur les relations glauques entretenues par le fils de la reine. Bref, le traitement raciste et sexiste réservé à la première femme de couleur au sein de la monarchie est proprement scandaleux. Pas moins de 70 députées britanniques ont d’ailleurs dénoncé l’accueil réservé à la duchesse américaine comme de « vieux réflexes colonialistes ».
À quel point ce traitement méprisant était-il aussi reflété à l’intérieur du palais de Buckingham ?
Cela fait partie du voile entourant les royals et qui n’est pas prêt à être levé de sitôt. De toute façon, vu la campagne éhontée des tabloïds à l’égard de la nouvelle duchesse, quel choix le jeune couple avait-il ? Où il continuait à se piler dessus ou il pilait sur la Couronneen se tirant de là. Harry et Meghan ont heureusement décidé de se tirer de là.
Pour la deuxième fois en moins de 100 ans, un membre éminent de la famille royale a tourné le dos à Buckingham par amour d’une femme — américaine. Si l’abdication d’Edouard VIII en 1936 ne semble guère avoir affaibli la Couronne britannique, malgré la « crise constitutionnelle » de l’heure, que dire, au moment où le long règne d’Élisabeth II tire à sa fin, de cette dernière saga ? La monarchie britannique empruntera-t-elle enfin, à la manière des autres monarchies européennes, une voix moins protocolaire, plus moderne, plus effacée, ou, au contraire, la royauté la plus connue, la plus contestée et la plus guindée de la planète redoublera-t-elle d’efforts pour rester pareille à elle-même ?
Les paris sont ouverts.

LE CO

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