jeudi 13 octobre 2016

Le Tripoteur-en-chef

Il ment comme il respire, dit des énormités sur les Mexicains, les Noirs et les musulmans, se moque des handicapés, incite ses partisans à varloper ses adversaires, refuse de se distancier du Ku Klux Klan ou de Vladimir Poutine, ou encore de produire sa déclaration de revenus, du jamais vu pour un candidat à la Maison-Blanche. Comble d’arrogance, il a omis de payer ses impôts pendant 20 ans et, sombrant dans le parfait délire d’un petit potentat de république de bananes, menace maintenant de jeter Hillary Clinton en prison !

Chaque semaine, les Américains découvrent une nouvelle raison pour laquelle Donald Trump ne devrait (vraiment) pas être élu président. Mais c’est l’aveu de disposer des femmes comme il le veut qui, curieusement, risque de le renvoyer au vestiaire. Pour ceux d’entre vous qui faisaient une cure de sommeil, vendredi dernier, je vous le donne en mille : « Quand t’es une star, elles te laissent faire. Tu peux faire ce que tu veux, les empoigner par la chatte… »

Depuis la diffusion de cet enregistrement, les bons soldats républicains, ceux qui jusqu’ici se bouchaient les yeux, les oreilles et le nez pour mieux appuyer l’abominablelocker-room boy (dont le leader républicain Paul Ryan), tombent comme des mouches. La candidature de Trump a été marquée par plusieurs vagues de désaffection républicaine, mais jamais comme celle-ci. Malgré une meilleure performance dimanche dernier, la vedette de la téléréalité, de l’avis de plusieurs, ne saurait se remettre de cette ultime vantardise, celle d’agresseur sexuel en série.

La vengeance est douce au coeur de l'indienne. On aimerait croire que le « tripoteur-en-chef », comme le surnomme le New York Times, périt par là où il a péché. Depuis le début de la campagne, Trump a dégradé, humilié et sexualisé les femmes sur son chemin, en commençant par la journaliste Megyn Kelly, « le sang lui sortait de… je ne sais où », disait-il lors du premier débat de la course, en passant par l’ex-Miss Univers Alicia Machado, trop toutoune à son goût et donnant prétendument dans le « film porno », pour finir avec Hillary Clinton, qu’il a traitée de faible femme (« no stamina ») incapable de mener campagne, encore moins de diriger le pays, et allant même, dimanche dernier, jusqu’à lui faire porter l’odieux des frasques sexuelles de son mari.

Pourtant, il n’y a rien de vraiment surprenant dans les propos dégradants de Trump. Ces paroles révèlent parfaitement qui il est : un homme qui utilise les femmes comme des trophées pour mieux épater la galerie. « Heh, heh, heh », ricanait l’animateur Billy Bush, à qui il admettait son penchant de prédateur sexuel. Et, comme le révèle la complicité grivoise du cousin de l’ex-président George W. Bush, ce type de comportement n’est pas exactement réservé à Donald Trump non plus. Ce n’est pas par hasard si le candidat républicain invoque les nombreux dévergondages de Bill Clinton depuis une semaine. Si les propos étaient singulièrement grossiers, le comportement, lui, n’a rien d’exceptionnel ; il court les rues. Aux États-Unis, une femme est agressée sexuellement toutes les deux minutes.

Il y a une certaine hypocrisie, donc, dans les réactions outrées aux propos de Trump. Le fait que le comportement évoqué ici est carrément illégal, pas seulement hautement suspect, contrairement aux autres tares du roi du bling-bling, y est sans doute pour quelque chose. Mais, plus que tout, je pense qu’on assiste ici au phénomène de la goutte. Il y a bien toujours une limite à endurer la bêtise, l’ignorance, la misogynie, le racisme, l’autoritarisme et l’intimidation. Comme dans le supplice légendaire chinois, à un moment donné, on se retrouve avec un trou dans le front.

La menace que représente Donald Trump n’est pas d’abord sexuelle ni pour les femmes. Elle est d’abord et avant tout pour la démocratie tout court, comme le démontre l’engagement tenu, lors du dernier débat, de mettre son adversaire en prison. Du jamais vu, encore une fois, et bien plus surprenant que les propos lascifs sur les femmes. Mais comme ce type d’autocratie est beaucoup plus difficile à saisir, règle générale, que l’agression sexuelle, il faut se réjouir du rôle que les femmes ont joué lors de cette campagne. Il s’agissait d’ailleurs de voir Trump faire les cent pas derrière Hillary Clinton, dimanche, le visage obtus, l’agressivité à peine contenue, pour comprendre la menace qui se dégage de cet homme exécrable.

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