mercredi 5 octobre 2016

La supériorité masculine

Étiez-vous parmi les millions de spectateurs qui ont syntonisé le débat Trump-Clinton ? Parmi les milliers qui se sont tapé les derniers tours de piste des prétendants à la tête du PQ ? Des moments importants moins pour les idées présentées que pour ce qu’ils révèlent de l’attitude des candidats. Lors de ces tours de chant assortis de combats de boxe, c’est bien davantage une question de langage corporel, de ton et de symbolique que de contenu.

Le face à face entre Hillary Clinton et Donald Trump nous en a mis plein les yeux à cet égard. L’événement a non seulement souligné le pathétisme du candidat républicain, il a mis en pièces la notion selon laquelle les hommes, avec leur carrure, leur agressivité plus spontanée et leur confiance en soi, excellent à ce type d’affrontement. « Dans les annales de l’émancipation des femmes, le triomphe de Hillary Clinton sur Trump pourrait bien marquer le moment où la notion de la supériorité masculine a été anéantie pour de bon »écrit l’essayiste canadienne Linda McQuaig.

Pendant des siècles, on a maintenu que les femmes étaient trop frêles, trop émotives, trop peu intéressées par l’administration publique pour en mériter l’exercice quotidien. Or, lors de ce Super Bowl de la politique américaine, la personne qui portait le pantalon n’était pas celle qu’on pense. « En nous montrant que l’être bavard, médisant, chicanier, changeant, émotif, acariâtre et ménopausé n’était pas en fait la femme […]Trump nous a rendu un fier service »dit la chroniqueuse du New York Times Maureen Dowd. Qu’on aime ou non Hillary Clinton, sa supériorité intellectuelle, morale, physique même, crevait l’écran.

On ne saurait en dire autant du côté de la course à la chefferie du Parti québécois. Le fait, d’abord, qu’une seule femme se trouve en lice, alors qu’elles étaient quand même deux lors de la première course en 1985 (Pauline Marois et Francine Lalonde), montre la difficulté toujours très actuelle d’être une femme en politique. En d’autres mots, la victoire de Hillary Clinton (et encore faut-il qu’elle triomphe pour de vrai) ne s’étend pas miraculeusement aux autres combattantes dans l’arène. Et puis, il y a ce que j’appelle le mystère Martine Ouellet.

La députée de Vachon est la seule qui n’a pas réussi à avancer ses pions lors de cette course. Alexandre Cloutier, malgré ses difficultés à s’imposer pour de bon, demeure M. Populaire, celui qui a amassé le plus grand nombre d’appuis à l’intérieur du caucus. Paul St-Pierre Plamondon a démontré qu’il était plus qu’un simple opportuniste en faisant preuve d’un idéalisme qu’on croyait disparu au PQ. Et Jean-François Lisée, lui, a carrément réussi l’impossible : partant de loin derrière, à peu près à égalité avec Martine Ouellet d’ailleurs, il s’est catapulté comme un boulet de canon aux premières loges. Il a même réussi à refiler la chape de l’empêcheur de tourner en rond à sa collègue ainsi que le titre du candidat le plus désagréable.

Quel est donc le problème de Martine Ouellet ? Il y a longtemps que je me pose la question. Pourquoi n’a-t-elle toujours aucun appui à l’intérieur du PQ ? Il y a bien sûr sa proposition casse-gueule de tenir un référendum au plus vite. Si l’idée manque terriblement de jugement pour ce qui est de l’ensemble de la population, elle doit bien plaire aux élus qui tiennent à l’article 1, à la raison d’être du parti. C’est difficile de reprocher à quelqu’un d’être fidèle à ses principes. Non, son problème, à mon avis, est ailleurs.

La députée semble souffrir de ce qu’on appelle en anglais « a chip on the shoulder », d’un sentiment de persécution qui la pousse à montrer ses collègues inélégamment du doigt, à constamment interrompre, à faire des déclarations à l’emporte-pièce. « C’est moi qui l’ai gagné, ce débat-là », affirmait-elle après le débat au Monument-National. La candidate en beurre souvent épais, ce qui tient peut-être à sa personnalité, mais probablement davantage au fait d’être une femme dans la fosse aux lions.

J’ai souvent dit qu’il était difficile pour les femmes publiques de trouver le bon ton. De peur d’avoir l’air faible ou insignifiante, on a tendance à trop en mettre, à hausser le volume, que ce soit dans les médias, en politique ou ailleurs. Une préoccupation que les hommes n’ont généralement pas. Martine Ouellet, avec sa tendance à surcompenser, sa méfiance de ses adversaires, m’apparaît un bon exemple de cette peur de ne pas être à la hauteur, de cette crainte de se faire manger la laine sur le dos, du fait d’être une femme.

« Allez, viens, Martine, on se colle », lui lançait l’adversaire Lisée pour l’obliger à serrer les rangs pour la photo de groupe, lundi soir. Bonne indication que cette notion de supériorité masculine n’est pas entièrement chose du passé.

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