mercredi 30 juillet 2014

Reléguée aux oubliettes

La grande suffragette Thérèse Casgrain vient de s’ajouter à la liste des choses qui ont disparu sous Stephen Harper : le Parti progressiste-conservateur, le questionnaire long du recensement, le programme national de garderies, les programmes de planification des naissances à l’étranger qui incluent l’avortement, l’Agence canadienne de contrôle de la procréation assistée, le Conseil national du bien-être social, le protocole de Kyoto, un programme national de réduction des gaz à effet de serre, la zone de protection marine du Bas-Saint-Laurent, pour ne rien dire du terme « combattre la pauvreté », et l’intégrité du Sénat. Ah, et n’oublions pas les cennes noires.
  De la part du grand Houdini de la politique canadienne, le geste ne surprend pas. On sait combien M. Harper tente de refaire le Canada à son image depuis son arrivée au pouvoir. Dans une entrevue accordée à Paul Wells du magazine Maclean’s, en 2008, Harper disait vouloir supplanter les libéraux comme « natural governing party » et que, pour y arriver, il fallait positionner le Parti conservateur « un peu plus au centre », mais aussi « rendre le centre politique plus conservateur. » C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’Oxfam Canada vient d’être sommé de retirer les mots « combattre la pauvreté » de sa charte sous peine de perdre son statut charitable. Abolir les inégalités n’est pas un objectif que le gouvernement conservateur est prêt à endosser. Peu surprenant, alors, que la pionnière de l’égalité hommes-femmes, et première femme à la tête d’un parti politique, Thérèse Casgrain, n’ait pas trouvé faveur aux yeux du chef conservateur.
  Éliminée du billet de 50 $ pour faire place à un brise-glace en 2012, l’Arctique faisant partie du branding conservateur de Stephen Harper, on découvre maintenant que Thérèse Casgrain ne coiffe plus le Prix du bénévolat, créé en son honneur en 1982, un an après sa mort. La récompense annuelle a subrepticement été rebaptisée les Prix du bénévolat du premier ministre. Remarquez qu’on aurait pu trouver mieux que le bénévolat pour honorer celle qui s’est battue pour le droit de vote des femmes, geste révolutionnaire à l’époque. Le bénévolat, en comparaison, est à des années-lumière. Les méchantes langues diraient que le bénévolat existe pour déculpabiliser les conservateurs qui prêchent le désengagement de l’État. Plus un gouvernement se défile, plus les individus doivent mettre la main à la pâte. Peu surprenant que l’actuel premier ministre veuille donner son nom à un prix récompensant ce type d’engagement.
  Vivement des élections

Mais le fait de rayer la grande dame de la politique québécoise de la carte laisse quand même songeur. Qui de son féminisme ou de son appartenance québécoise importunaient le plus, pensez-vous ? On se le demande. Dès son élection en 2006, Harper a montré de quel bois il se chauffait en ce qui concerne les femmes : outre l’abandon du programme des garderies, la réduction massive du financement des groupes de femmes (tout en augmentant celui des groupes religieux), la fermeture de 12 des 16 bureaux de Condition féminine Canada, la remise en question de l’équité salariale, la réduction des recours juridiques permettant aux femmes de porter plainte. Ensuite, interdiction d’inclure l’avortement dans les programmes de planification des naissances subventionnés par le Canada à l’étranger, refus de créer un plan de lutte contre la violence faite aux femmes, abolition du programme pour la santé des femmes et, bien sûr, recul notoire de la représentation féminine. Le Canada est tombé en 2012 du 18e au 21e rang, derrière les Philippines, la Lettonie, Cuba et le Nicaragua, en ce qui concerne les écarts économiques entre les hommes et les femmes, et est actuellement au 55e rang mondial, derrière Singapour, le Kazakhstan et la Mauritanie, pour ce qui est des femmes au Parlement.
  Depuis que les Québécois ont massivement tourné le dos à Harper, aux élections 2011, l’actuel PM ne s’est pas toujours montré tendre envers le Québec, non plus. En plus d’une réduction importante dans les transferts aux provinces, la réforme de l’assurance-emploi, l’abolition progressive du contrôle des armes à feu et le projet de commission pancanadienne de valeurs mobilières sont toutes des mesures qui affectent particulièrement durement la province. Aujourd’hui, pour comble d’insulte, Stephen Harper en rajoute en osant s’approprier le « recul des forces souverainistes », pensant ainsi gagner les coeurs des fédéralistes québécois.
  Vivement les prochaines élections fédérales pour être enfin débarrassé de la bravade et des coups bas.

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