mardi 29 janvier 2013

Mort subite d'un jeune révolutionnaire



Je ne voudrais pas être dans les souliers du procureur général du Massachussets. Ni, d'ailleurs, dans ceux du prestigieux Massachussets Institute of Technology (M.I.T.).

Le duo devait bientôt trainer en justice un jeune gourou de l'informatique, Aaron Swartz, pour avoir détourné des milliers de documents académiques. Seulement, le dénommé "kid genius" a été trouvé pendu dans son appartement de Brooklyn, vendredi dernier. Il n'avait que 26 ans. Si trouvé coupable, il aurait été passible de 35 années de prison et 1 million de dollars d'amende.

Tout ça, pour avoir déposé un ordinateur dans une armoire à balais du M.I.T., et ainsi accédé aux documents réservés aux seuls abonnés. Il ne s'agissait pas de piratage proprement dit, seulement de détournement de compte, lui permettant ainsi de "voler" la quasi totalité des documents du serveur.

"Voler c'est voler, dit la procureure de la couronne, Carmen M. Ortiz, que vous utilisiez un ordinateur ou des pinces, que vous preniez des documents, des données ou des dollars".

Vous ne connaissez sans doute pas le nom d'Aaron Swartz mais dites-vous qu'il fait partie de cette armée de l'ombre qui a radicalement changé nos vies. L'internet est aujourd'hui le redoutable engin que nous connaissons à cause de jeunes hommes comme lui qui, avant même d'être sortis avec une fille, avaient tout compris de la cybernautique et imaginaient des façons de le rendre plus performante.

A 14 ans, Aaron Swartz avait aidé à la réalisation d'un code informatique, aujourd'hui très utilisé, qui permet de s'inscrire à des programmes en ligne. Il aurait pu devenir riche avec ce type d'invention mais le jeune super-doué c'est vite trouvé une autre vocation: l'accès à l'information avec un grand A. Réaliser le plein potentiel, en d'autres mots, de cet engin de découvertes infinies qu'est l'internet, en mettant tout genre d'informations à la portée du monde entier. Littéralement.

"On appelle ça voler ou pirater, comme si partager une mine de connaissances était moralement l'équivalent de piller un navire et assassiner ses occupants. Mais partager n'est pas immoral mais plutôt un impératif moral", écrit-il dans Guerrilla Free Acess Manifesto.

Dans la mouvance de Wikileaks et d'Anonymous qui, eux aussi, se sont rendus célèbres en disséminant de l'information "privée", Aaron Swartz fait partie de ces nouveaux Robin des bois des temps modernes remettant en cause non seulement toute censure mais aussi l'idée d'une propriété intellectuelle "réservée", dont le (fameux) droit d'auteur. Swartz a d'ailleurs participé à l'élaboration de Creative Commons qui tente de trouver un compromis entre le droit d'auteur --conçu bien avant et très mal adapté au principe de l'internet-- et celui d'un accès universel à l'information. Ce projet est d'une importance capitale à notre époque.

J'avoue qu'il y a une partie de moi (la vieille partie, s'entend) qui trouve vaguement problématique la passion dévorante de ces jeunes hommes pour l'internet, pour ce monde d'abstraction totale "où tout ce qui compte c'est vos idées". Il y a une espèce de désincarnation dans tout ça qui n'est peut-être pas étranger à la dépression qui guettait Aaron Swartz. Pour ne rien dire de l'impunité qui découle de continuellement habiter une planète virtuelle.

Aaron trainait sûrement une difficulté de vivre mais le plus important est ailleurs. On ne parlerait pas de cette mort précoce, tragique, à ce moment-ci, n'eût été de la voracité de la justice américaine dans ce dossier. Aaron était hanté par l'idée d'être perçu comme un criminel. Son décès remet en question le dogmatisme obtus d'un système incapable de faire la distinction entre les vrais larrons et les militants d'un monde mieux informé et plus égalitaire.

Ça vous rappelle quelque chose?...

Peuples à genoux


Où commencer? La question autochtone pèse tellement lourd, sur nos consciences à défaut d'autre chose, qu'il est difficile de savoir comment l'aborder. Il faut certainement applaudir cette mobilisation sans précédent qui, comme les étudiants le printemps dernier, étonne et force à revoir certains préjugés.

La mobilisation a d'ailleurs déjà atteint une ampleur qui dépasse les strictes revendications autochtones. En s'élevant contre l'invraisemblable fouillis qu'est la loi omnibus, le mouvement Idle No More s'attaque aussi à la dilapidation de l'environnement et à l'érosion du processus démocratique dont le gouvernement Harper a depuis longtemps fait ses marques de commerce. Il faut les en remercier.

Mais comme pour les étudiants, et le mouvement des indignés avant eux, la question se pose: et puis, après? La mobilisation a beau étonner, il faut qu'elle puisse donner des résultats concrets.

C'est ici que tout s'embrouille. La division dans les rangs et le peu de revendications spécifiques n'aident pas, c'est sûr. Mais le contexte dans lequel s'inscrit la question autochtone complexifie la chose bien davantage.

Les Premières nations se considèrent comme des peuples "non conquis", ce qui les placent dans une situation unique. L'histoire de l'humanité, après tout, est une longue série de melting pot: les conquérants disent aux conquis comment vivre, même si dans certains cas, comme en Nouvelle-France, ils sont prêts à faire des (grosses) concessions. Bref, tout le monde est forcé de changer et apprendre à se connaître, un tant soit peu. Les autochtones, eux, pour des raisons parfaitement légitimes, n'ont pas embarqué dans ce train.

Tant et si longtemps qu'ils agissaient comme partenaires militaires ou économiques des Britanniques, c'était le meilleur des deux mondes. Mais dès 1820, les "sauvages" sont perçus comme une entrave à la colonisation. La Loi de la Civilisation graduelle (sic), qui deviendra éventuellement la loi sur les Indiens, initiera la sédentarisation des autochtones en établissant les premières réserves, et, surtout, leur humiliation et dépendance à perpétuité.

La tragédie autochtone commence là. En prétendant leur offrir une certaine autonomie, sous guise de traités et territoires, on les a en fait enfermés dans des petites bulles suspendues dans le temps où le paternalisme bienveillant du colonisateur dictait qui avait droit à un "statut" indien ou pas. Pour ne rien dire de l'infamie des écoles résidentielles. La loi sur les Indiens interdit à ce jour au conseil de bande de rendre des comptes à ses propres membres, ce qui explique, en partie, les coins ronds dans l'administration de certaines réserves autochtones.  Mais en partie seulement.

Presque 200 ans plus tard, il n'y a pas que le paternalisme bienveillant ou encore, l'indifférence généralisée, qui font problème. Il y a aussi l'esprit de dépendance chez bon nombre d'autochtones. Un peu comme l'épineuse question de gestion de la chef d'Attawapiskat, c'est un aspect dont on ne veut pas trop parler, de peur d'affaiblir les vulnérables. Mais le problème existe. La loi sur les Indiens, le manque de contrôle sur leurs propres vies et la désaffiliation avec la société environnante qui en découle, a créé une mentalité de 'b-s' indéniable chez les d'autochtones.

Ce n'est pas quelque chose dont les représentants autochtones parlent spontanément. On les comprend vu le penchant malicieux d'utiliser ces lacunes contre eux. Mais espérons que ce nouveau mouvement de protestation, qui n'est pas seulement contre les "lois assimilatrices" du gouvernement fédéral mais en veut aussi au leadership conventionnel, et pas toujours probant, des autochtones, saura mettre fin au méli-mélo.

Il faut en finir avec l'idée de peuples qui "attendent leur délivrance" et voir les Premières nations atteindre une autonomie qu'on leur a toujours refusé, tactique à laquelle trop d'autochtones ont eux-mêmes contribuée.