mercredi 16 décembre 2020

Il est né le divin vaccin

 Cette année, le miracle de Noël s’appelle Pfizer, Moderna ou Novavax, autant de petits jésus conçus en laboratoire avec la promesse d’une vie, sinon immortelle, du moins plus saine, plus déconfinée, plus libre du virus qui nous a tous, à peu près sans exception, gâché l’existence en 2020.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le substantifique vaccin a commencé à faire son œuvre. S’il fallait encore une illustration des bienfaits de la science, en voilà une qui tombe à point nommé. Oui, l’homme continue à créer la bisbille sur Terre — à ravager l’eau, les forêts et les aires sauvages, à consommer trop d’essence, de viande et d’antibiotiques — mais il n’est pas sans apporter sa part de remèdes.

Le vaccin est certainement un formidable exploit des temps modernes. La variole, le virus à ce jour le plus mortel pour l’humanité, datant d’avant les pyramides et responsable de 300 millions de morts au XXe siècle seulement, a finalement été éradiqué, en 1980, grâce à un vaccin. Sans parler des plus de « 100 ans de campagnes de vaccination » qui ont pavé la voie à la formule magique. C’est dire combien les efforts ont été grands à cet égard.

Variolation

En fait, avant même les temps modernes, d’abord en Chine au XVIe siècle, ensuite à travers l’Empire ottoman et en Afrique du Nord au siècle suivant, on utilisait un remède populaire appelé inoculation ou variolation, qui agissait contre le virus.

On prélevait le pus des plaies des malades pour en faire une poudre que l’on reniflait ou que l’on insérait dans la peau à l’aide d’une lame. Dès ces temps lointains, combattre le mal par le mal, l’idée à la base de la majorité des vaccins, existait, mais sans que l’on comprenne le processus physiologique derrière.

À cette époque, ce sont les gens, souvent de simples paysans, qui imploraient les médecins d’adopter de telles mesures, et non l’inverse. Tout le contraire de ce que l’on voit aujourd’hui. La profession médicale de jadis demeurait sceptique devant un remède « folklorique », principalement utilisé dans les campagnes, qui atténuait la maladie, mais n’empêchait pas la mort.

Dans le cas de la variole, la « lumière au bout du tunnel » se présenta le jour où un médecin britannique, Edward Jenner, considéré comme le père de l’immunologie, injecta le fils de son jardinier avec de la variole de vache (le mot vaccin vient de vache), semblable à la variole humaine, mais pas du tout aussi mortelle. Le 14 mai 1796, la première campagne de vaccin contre la variole prenait son envol.

Rapidité de mise en marché

Les vaccins qui arrivent sur le marché à l’heure actuelle n’utilisent pas le même procédé homéopathique utilisé depuis des lunes. Plutôt que l’ingestion de quantités infimes du virus, Pfizer et Moderna ont conçu leur vaccin à partir du code génétique — « la science du XXIe siècle » — du SRAS-CoV-2, ce qui explique la rapidité de la mise sur le marché. S’il s’agit bel et bien d’une lumière au bout du tunnel, ce n’est pas tout à fait un miracle non plus. Certes, grâce au vaccin, vous êtes garanti à (plus ou moins) 95 % de ne pas tomber malade. Mais cela ne veut pas dire que vous ne serez pas infecté ou capable de transmettre le virus.

Selon le directeur de la santé publique américaine, Anthony Fauci, c’est un aspect qui n’est pas suffisamment bien compris. Avant de l’entendre le souligner à gros traits, j’avoue ne pas l’avoir très bien compris non plus. Avec ces vaccins, « le premier but était d’empêcher le développement de symptômes, ce que l’on a brillamment réussi à 94 %, et le développement de maladies sévères, encore mieux réussi, à 100 % », explique le Dr Fauci. « Mais ce que nous ne savons toujours pas, c’est si le vaccin nous empêche d’être infectés ou de transmettre le virus à d’autres. »

Il faudra attendre que suffisamment de gens aient été vaccinés, d’abord, et des enquêtes subséquentes, ensuite, afin d’en avoir le cœur net.

La « normalité »

Tout ça pour dire que, si le vaccin permet d’envisager des jours meilleurs, la « normalité », elle, n’est peut-être pas encore au bout du tunnel. En plus d’ignorer l’effet du vaccin sur la transmission virale, on ne peut pas savoir combien de gens vont vouloir se faire vacciner. Aux États-Unis, où 40 % de la population s’oppose à la vaccination, c’est une véritable épée de Damoclès.

Il faut un taux de vaccination très élevé, entre 70 et 80 %, pour atteindre l’immunité de masse — sans quoi le retour à la normalité demeurera une vue de l’esprit. Au Canada, l’opposition au vaccin est moins grande, environ 15 %, mais seulement 50 %, y compris au Québec, se disent prêts à relever leurs manches dès maintenant.

On n’a pas entièrement confiance dans les essais cliniques, en d’autres mots, préférant voir la tournure des événements avant de s’engager.

Tout ça pour dire que les savons parfumés à la lavande, les masques fashion, ou simplement de pharmacie, les bâtons de marche permettant de calculer instantanément la distance qui vous sépare des autres sont des cadeaux tout indiqués cette année. Et le demeureront probablement encore longtemps.

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