mercredi 6 novembre 2019

L'affaire Catherine Dorion


Après la blague d’Halloween de Catherine Dorion déguisée en Miss Députée, voici le PLQ qui veut fait rire avec sa plainte au Commissaire à l’éthique. Comme si le Parti libéral avait des leçons à donner! Mais le plus obtus dans tout ça est ailleurs.

Difficile de trouver un commentaire plus bouché que celui de Denise Bombardier publié hier dans le Journal de Montréal. Ne reculant devant aucun épithète, la chroniqueuse traite la députée solidaire de pyromane  « indigne de la fonction qu’elle occupe » et, tenez-vous bien, de putain qui « expose son fond de culotte ». On connait évidemment le talent de Mme Bombardier pour jouer les mères supérieures. Mme B. est forte sur la « bienséance » et les « bonnes manières ». Mais que quelqu’un qui se croit plus intelligente que la moyenne ne comprenne pas le message que lance la députée à travers ses déguisements est pour le moins décourageant.  Denise Bombardier devrait pourtant savoir ce que les femmes endurent quand elles osent prendre un peu plus de place que « normalement » prévu.

Catherine Dorion s’est pointée à l’Assemblée nationale, il y a un an, avec deux messages très importants. Le premier concerne l’importance de la culture, notamment pour une société comme le Québec. Personne n’a été plus éloquente à ce sujet, même pas Gérald Godin aux beaux jours du PQ. Ce message est d’ailleurs très bien reçu. L’autre message, celui que Mme Dorion colporte avec ses bottes Doc Martens, un jour, et ses talons aiguilles, l’autre, l’est (visiblement) beaucoup moins. C’est la foire d’empoigne à chaque fois.

Cet autre message de Catherine est pourtant tout aussi simple et tout aussi important : on a toujours voulu contrôler les femmes en leur dictant un certain comportement, une certaine façon d’être. Ce contrôle passait jadis par la maternité. Pour être une « bonne » femme, il fallait être une mère et épouse dévouée. En se conformant à ce rôle, une femme avait droit aux égards de la société, à la « respectabilité ». Sinon, elle tombait dans la catégorie à laquelle Mme Bombardier vient d’enfermer la pauvre députée de Taschereau à tout jamais, la catégorie des « putains».  Point de salut pour les guidounes.

Aujourd’hui, les femmes ont davantage de choix, ne sont pas acculées aux seul rôle de mère, mais la partie n’est pas gagnée pour autant. Et c’est bien ça que peu de gens semble comprendre chaque fois que Catherine Dorion se fait un devoir de nous le rappeler.

On semble croire que parce que les femmes sont désormais admises à l’Assemblée nationale qu’il n’y a pas de différence entre elles et leurs vis-à-vis masculins. Il y en a! Ce n’est pas par hasard si on voue Catherine Dorion aux gémonies pour ses accrocs au « décorum » alors que les baskets du collègue Sol Zanetti passent plus ou moins inaperçus. Les femmes sont jugées beaucoup plus sévèrement, encore aujourd’hui, pour leurs écarts de conduite et sont tenues de s’habiller « correctement » pour mériter la place qu’on leur fait.

Curieusement, la tenue féminine acceptée aujourd’hui –celle qui affiche ce qu’une femme « devrait » avoir l’air—est passablement osée. Les jambes sont exposées, les jupes serrées, le décolleté plongeant. (Plus curieux encore, les Denise Bombardier de ce monde sont totalement coites à ce sujet). Les femmes sont sujettes à un espèce de pacte tacite imposé tous les jours par les industries de la mode, de la publicité et des médias. Vous voulez entrer au Parlement? Diriger la Caisse de dépôt? Devenir astronautes?... Très bien mais, en échange, faites-nous plaisir, demeurez sexées. Demeurez des « vraies femmes ». Et c’est précisément cette obligation d’être à tout prix féminine et sexée que Catherine Dorion a tenu à dénoncer en chaussant tantôt des bottes de construction, tantôt des bas résille.

Bien sûr que ça provoque – vu l’enceinte vénérable où elle se trouve. Mais est-ce uniquement de la provocation? Bien sûr que non.

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