mercredi 21 août 2013

Bonjour, justice; allô, cellulaire


"C'est tout le temps la même histoire : la police tue, la police enquête sur la police, et il n'y a pas de justice".

C'est ce qu'on entend chaque fois qu'une personne --généralement un jeune homme issu d'une minorité culturelle-- est abattue par la police. À Montréal, on a entendu ce refrain après la mort de Fredy Villanueva, Farshad Mohammadi, Anthony Griffin, et d'autres. À Toronto où il existe, depuis 1990, une agence civile de surveillance policière, bien que composée à près de 50% d'anciens policiers, on entend les mêmes doléances. Outre Sammy Yatim, abattu dans un tramway le 27 juillet dernier, Toronto a connu plus d'une douzaine de morts semblables au cours des 20 dernières années.

C'est pourquoi les accusations de meurtre non prémédité portées cette semaine contre l'agent James Forcillo sont de bonne augure. La soeur de la victime, elle, a marqué le coup par un retentissant "Bonjour, JUSTICE!" sur Twitter.

C'est excessivement rare qu'un policier soit tenu responsable d'une mort qu'il aurait occasionnée. La nature du travail, les réels dangers auxquels les policiers font face, pèsent évidemment lourds dans la balance. On peut comprendre que la responsabilité d'un tel geste soit atténuée à l'examen.  À Montréal, je n'ai repéré aucune accusation d'homicide envers un policier au cours des 20 dernières années. À Toronto, pendant la même période, il y a eu cinq accusations d'homicide involontaire et un autre cas de meurtre non prémédité, mais tous ont été acquittés. Ce dernier cas est présentement en appel.

Tous les regards se tournent donc vers James Forcillo pour voir s'il ne serait pas l'exception à la règle. Non seulement à cause des circonstances entourant la mort du jeune Yatim, mais parce que des centaines de milliers de gens ont pu voir cette mort en direct. Captée par téléphone cellulaire et postée sur YouTube, la scène a suscité la colère, en plus de mettre une pression gigantesque sur les autorités en place.

La police confronte Sammy Yatim dans la nuit du 26 au 27 juillet, après que le jeune d'origine syrienne, à Toronto depuis seulement cinq ans, se soit exhibé dans un tramway et qu'il ait brandi un couteau. Visiblement agité mais ne menaçant personne, tenant son arme pointé vers le haut,  l'adolescent a rapidement fait fuir tous les passagers, incluant le chauffeur. Plus d'une douzaine de policiers se retrouvent alors sur les lieux.

"Lâche le couteau, lâche le couteau," entend-t-on à répétition sur le vidéo, alors que trois officiers pointent leur revolver sur Yatim, toujours à l'intérieur du véhicule. Trente secondes s'écoulent, suivies de trois coups de feu. Et puis, encore six autres. Les tirs, neuf en tout, viennent tous de l'agent James Forcillo, apprendra-t-on plus tard. La scène se solde par le bruit d'un pistolet à décharge électrique, tiré par un autre officier.  

Yatim était seul dans un lieu contenu et  paraissait peu menaçant. "Il semblait figé sur place", dit le témoin qui enregistrait sur Iphone. Pourquoi la police a-t-elle senti le besoin de tirer? Ils auraient pu l'encercler, fermer les portes du tram, essayer de le raisonner, appeler des renforts.  Toutes des recommandations faites, il y a 15 ans, suite à la mort d'Edmond Yu, abattu lui aussi dans les rues de Toronto, après qu'il ait brandi un marteau. Edmond Yu souffrait de schizophrénie et le cas, à l'époque, avait bouleversé.  Et pourquoi tirer plus de trois coups quand Yatim, on le sait, était déjà inerte au sol? Pourquoi finir avec la décharge électrique alors qu'il aurait fallu plutôt commencer par là?

Facile à dire après coup, évidemment. L'omniprésence de téléphones intelligents pave la voie à une recrudescence de gérants d'estrade, c'est sûr, mais ce nouvel outil permet aussi une meilleure compréhension des événements. C'est grâce d'ailleurs à un autre captation par téléphone que la mort de Robert Dziekanski, abbatu en 2007 à l'aéroport de Vancouver, a été finalement jugé un homicide. Aucun des officiers de la GRC impliqués n'ont par ailleurs été inculpés.

En cas de dérapage, la question n'est pas tant de savoir si un policier doit faire de la prison mais que, grâce à cette nouvelle vigilance citoyenne, ces comportements excessifs ne seront plus tolérer. On peut se dire que, grâce aux accusations contre l'agent Forcillo, les droits de tout citoyen faisant face aux forces policières sont désormais mieux protégés.

                                                                       

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