mardi 9 avril 2013

PPP: la police, le P-6 et le PQ


La tête du panda, ç'a été le clou. Déjà, les arrestations massives, les charges à coups de matraque, les manifs qui, à peine démarrées, sont décimées... tout ça laisse un bien mauvais goût. Mais décapiter le symbole même de la résistance pacifique? La mascotte le plus affectueuse dans l'histoire de l'humanité? Le modèle par excellence de l'engagement intelligent? Quelle mauvaise idée. Sûr que les émules de la SPVM, venus par monts et vallées étudier les tactiques de répression de foules, ne la retiendront pas celle-là.  

Quand même étonnant qu'on fesse plus fort --ou en tout cas plus systématiquement-- aujourd'hui, sous un gouvernement prétendument pro étudiants et même, pro manifestations, qu'au moment de la loi 78. Il y a quelque chose d'absurde dans ce spectacle de répression policière à répétition. C'est précisément pour en finir avec la manière forte que des élections ont été tenues à l'automne, non? Et c'est parce que les étudiants sont descendus massivement dans la rue, appuyés par des milliers de gens qui n'en avaient pas tant contre le gouvernement Charest, n'en déplaise au Parti Québécois, mais bien contre le machisme obtus de son leader, que le PQ (qui n'en menait pas large dans les sondages) a été élu.

Dit plus succinctement: jeunes + rue = PQ.

Or, tout se passe comme si le gouvernement Marois et les autorités policières se donnaient la main pour nettoyer, à l'eau de Javel s'il le faut, les résidus du printemps érable. Qu'on en finisse et qu'on n'en parle plus. Comme si tout ce qui était descendu dans la rue l'année dernière, brandissant la tête de Jean Charest sur piquets de bois, méritait leur estime, alors que ce qui en reste aujourd'hui n'était que racaille. Un très mauvais calcul, à mon avis.

D'abord, ce n'est pas parce que deux des trois fédérations étudiantes ont participé au Sommet sur l'éducation, ou que Léo Bureau Blouin fait désormais partie des leurs, que le PQ peut compter aujourd'hui sur les 18-34 ans.  C'est le propre des êtres vieillissants (j'en sais quelque chose) que de continuer à se trouver "pas pire" malgré l'usure du temps. On est les derniers à voir ce qui n'est plus comme avant, et cet aveuglement est vrai des partis politiques comme des individus. Le PQ peut bien se trouver toujours élégamment social-démocrate, encore pas pire, mais les jeunes, eux, n'en sont pas dupes. Le seul PQ qu'ils ont connu, et c'est vrai des membres de la FEUQ et de la FECQ comme de l'ASSÉ, est un parti qui, mise à part sa mission souveraine, ne se distingue pas beaucoup du Parti libéral, un parti de plus en plus porté sur l'économie davantage que sur l'environnement, la culture ou la pauvreté.

Ce n'est pas parce que le PQ a été de connivence avec les étudiants, il y a six mois, que le vase ne peut pas déborder à nouveau, en d'autres mots. D'autant plus que l'application du règlement P-6, tout comme la loi 78, pose un vrai problème de démocratie.  On nage dans l'arbitraire le plus total quand un règlement municipal (qui protège la chaussée et la libre circulation) l'emporte sur deux droits fondamentaux, celui de libre expression et de réunion pacifique, protégés par la Charte des droits et libertés, tant canadienne que québécoise. Gare à celui qui aurait la témérité de confisquer une deuxième tête de panda...

Deuxièmement, le comportement du gouvernement vis-à-vis des jeunes est d'autant plus incompréhensible qu'il vient d'inaugurer, fanfare à l'appui, la gouvernance souverainiste.
Bien avant un autre de ces pieds de nez au gros ours (fédéral) qui dort, grognon, au pied de la porte, ce sont plutôt des jeunes militants étudiants dont la cause a besoin. De la fougue, de la verve et de la mobilisation dont ils ont le secret. Si jamais le Québec est pour devenir indépendant, c'est de cette fibre-là, celle qui n'a pas peur de secouer la léthargie ambiante, qu'il faudra.

Malheureusement, la tactique mise de l'avant (la Commission sur l'assurance-emploi) a autant de chances de séduire les jeunes qu'un striptease de la Poune. Ce n'est pas par ce genre de stratégie bureaucratique des années 60, qu'Ottawa aura d'ailleurs vite fait d'ignorer (Stephen Harper n'est pas Lester B. Pearson), qu'on risque d'inspirer les troupes, à plus forte raison celles qui espèrent refaire le monde.

Encore une fois, depuis l'élection du PQ, et de la première Première ministre du Québec, je me surprends à marmonner: Pauline, ô ma soeur Pauline, ne vois-tu rien venir?...

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